Interview – L’EPL des Flandres s’engage dans le projet APRN pour des paysages nourriciers et des sols vivants
- EPLEFPA des Flandres

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Dans le cadre du projet Agroécologie Paysagère pour Régénérer et Nourrir (APRN), soutenu par le dispositif CASDAR, l’EPL des Flandres s’engage dans une démarche innovante visant à repenser l’aménagement paysager autour de la question du sol vivant et du développement d’espaces nourriciers.
Pour mieux comprendre ce projet, nous avons rencontré Fredrick Leveque, impliqué dans cette initiative et les projets d’innovation depuis 2010.
Pouvez-vous nous présenter le projet APRN ? Combien de temps va-t-il durer ? Quelle est l’importance de ce type de projet ?
Le projet APRN vise à accompagner l’évolution des pratiques vers des aménagements paysagers nourriciers reposant sur des sols vivants.
Il répond notamment à la problématique des sols dégradés, en développant des espaces nourriciers et en favorisant l’aggradation des sols, c’est-à-dire leur régénération progressive.
Le projet se déroule sur trois ans, du 1er février 2026 au 31 janvier 2029.
Pourquoi ce projet est-il important pour l’aménagement paysager ?
Il s’agit du premier projet CASDAR dédié spécifiquement à l’aménagement paysager.
Aujourd’hui, les sols des espaces verts sont fortement fragilisés. En France, 20 % des sols urbains sont compactés ou artificialisés, ce qui réduit leur capacité à stocker le carbone et à soutenir la biodiversité (INRAE, 2022).
Les sols vivants permettent pourtant d’améliorer la résilience écologique des aménagements : ils peuvent réduire jusqu’à 30 % les besoins en arrosage grâce à une meilleure rétention d’eau et diminuer l’érosion de près de 50 %.
L’expérimentation de paysages nourriciers rapproche également le secteur du paysage de celui de l’agriculture. Il s’agit d’un transfert et d’une adaptation des savoirs entre ces deux disciplines, notamment autour de la notion de sol vivant, déjà largement expérimentée en agriculture.
La fertilité des sols, la biodiversité, la gestion de l’eau ou encore la résilience face au changement climatique sont des enjeux communs aux deux filières.
Préserver les sols vivants implique notamment :
de limiter le travail du sol,
d’apporter de la matière organique,
de réduire les intrants.
Le paysagiste peut ainsi concevoir des espaces en intégrant le fonctionnement global des écosystèmes, en favorisant des sols vivants, y compris en milieu urbain.
Quels sont les partenaires engagés dans cette démarche ?
Le projet est coordonné par Ver de Terre Production, avec :
Chef de file :
Vincent Levavasseur
Esther Le Toquin
Émilie Gonzalez
Céline Colombier
Clotilde Clouet
Partenaires :
Alliance Paysage : Thomas Gentilleau, Émilie Vitte
Plante & Cité : Sandrine Larramendy, Robin Dagois
CEZ – Bergerie Nationale : Lamia Latiri-Otthoffer
EPLEFPA des Flandres : Fredrick Leveque
Campus Agrilyon Vert : Xavier Bunker
Campus Nantes Terre Atlantique : Jean-Mark André, Géraldine Moulin-Guiheneuf
Ville de Villeurbanne : Clément Dodane
Terideal : Emmanuel Seurat
MFR Ouest Lyonnais : Lionel Revollat
Quels sont les objectifs concrets du projet ?
Le projet vise à :
Documenter les connaissances existantes en conception paysagère sur sols vivants
Promouvoir les pratiques régénératrices des sols dans les métiers du paysage
Former les apprenants, formateurs et professionnels à l’agroécologie appliquée au paysage
Co-construire des outils techniques et pédagogiques permettant d’intégrer ces pratiques dans les services des collectivités et dans les offres des entreprises
Tester ces outils sur les plateformes pédagogiques des lycées agricoles, dans une logique d’action-recherche
Développer de nouvelles formations professionnelles adaptées aux besoins et aux contraintes des professionnels en activité
Quelles actions seront menées à l’EPL des Flandres ?
Plusieurs expérimentations seront mises en place :
le développement d’un espace nourricier entre l’enclos des boucs, la plateforme technique et le verger urbain
la plantation d’arbres fruitiers et de prairies fleuries au niveau du jardin partagé
Ces aménagements serviront de support pédagogique et expérimental pour tester les pratiques liées aux sols vivants et aux paysages nourriciers.
Les apprenants seront-ils impliqués ? De quelles manières ?
Oui, les apprenants seront impliqués à différentes étapes :
Conception :
BTS Aménagements Paysagers
Bac Pro Aménagements Paysagers (2e année)
CAPa Jardinier Paysagiste (2e année)
Réalisation :
BTS AP
Bac Pro AP
Seconde NJPF
CAPa JP
BP Aménagements Paysagers
Suivi :
Bac Pro AP
Seconde NJPF
CAPa JP
Un message pour les équipes pédagogiques et les partenaires ?
Une boîte à outils, un diagnostic des sols et un outil de sensibilisation au sol vivant seront développés et testés dans le cadre du projet.
La réalisation nécessitera la mobilisation de plusieurs classes d’aménagement paysager, qu’il s’agisse d’apprenants scolaires, apprentis ou en formation adulte.
Le suivi de l’espace nourricier permettra également d’observer l’évolution de la biodiversité et de la qualité des sols.
Ce projet marque-t-il la fin du CASDAR PermainnovEA Permaculture ?
Pas du tout. Le CASDAR PermaInnovEA se poursuivra jusqu’en 2027, et les espaces nourriciers développés dans le cadre du projet APRN sont transversaux aux deux projets.
Des liens seront donc établis entre ces deux dynamiques, et le projet d’espace nourricier permettra de faire converger les expérimentations issues des deux CASDAR.
La notion de paysage nourricier s’appuie notamment sur les travaux de Bill Mollison, fondateur de la permaculture (Mollison, 1986). Cette approche propose une conception des paysages fondée sur des systèmes durables et productifs, en cohérence avec les principes de l’agroécologie.
Depuis une dizaine d’années, cette convergence entre approches agronomiques et paysagères est progressivement documentée (Bonin, 2015), mais elle nécessite encore une appropriation plus large par les acteurs de la filière paysage.







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